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INTERVIEW
Plongez dans un monde fractal : rencontre avec Julius Horsthuis

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le 23/06/2016 à 21:31
La réalité virtuelle repousse les barrières de l'espace et du temps. C'est un outil pour découvrir de nouveaux mondes mais c'est aussi une merveilleuse invitation au voyage intérieur, à l'introspection. En VR, Les figures abstraites ne favoriseraient-elles pas l'accès à ce cheminement vers l'intime. Elles sont des surfaces planes de projection, des portes ouvertes sur des histoires qui nous ressemblent car on en est l'auteur. Petite rencontre avec Julius Horsthuis et ses mondes surréalistes qui invitent à la rêverie.

Professionnel des effets spéciaux dans le cinéma, Julius Horsthuis a commencé à créer des petites scènes à base d'images fractales en 2014 après voir découvert le logiciel Mandelbulb 3D. Les images fractales se définissent de manière paradoxale, à l'image des poupées russes qui renferment une figurine identique : « les objets fractals peuvent être envisagés comme des structures gigognes en tout point – et pas seulement en un certain nombre de points, les attracteurs de la structure gigogne classique. Cette conception hologigogne (gigogne en tout point) des fractales implique cette définition tautologique : un objet fractal est un objet dont chaque élément est aussi un objet fractal » (Cf : Wiki)

Aujourd'hui, il y a environ une quarantaine de films disponibles sur son site. Le principe est simple : il suffit de paramétrer quelques données d'entrée pour que le logiciel génère automatiquement des formes et des couleurs qui évoluent, se courbent et s'épanouissent au fil d'une progression pré-rendue. Nous entrons dans ces mondes parfois monolithiques, parfois organiques. C'est une plongée vers l'infiniment petit ou l'infiniment grand. Il n'y a pas de limites, pas de début, pas de fin autre que celle proposée par son auteur.

Pour accentuer la dimension filmique et dramatique de l'expérience Julius travaille les images sous After Effect et Photoshop, leur donne de la profondeur, des effets de lumières, de flous, de la brume... Le tout forme une expérience magnifique où l'on flotte comme dans un Slow Rollercoster Mystique

En fait l'ordinateur construit tout et je n'ai qu'à trouver les angles, les bons effets etc. Je suis fasciné par les fractales non pas pour ce qu'elles sont mais pour ce qu'elles me permettent de faire. Mettre de magnifiques éclairages créer de belles formes. Avant de découvrir ce logiciel je ne faisais pas vraiment attention aux fractales. J'ai réalisé récemment qu'il y a une très grande communauté de personnes qui en sont passionnées. Plein de gens pensent que je fais partie de cette communauté, que j'ai un esprit très psychédélique mais en fait ce n'est pas le cas.
Avec les fractales, il s'agit donc d'entrer des coordonnées, des réglages chiffrés puis, l'ordinateur crée de lui même des formes abstraites. Il y a une sorte de communication, d'échange entre l'homme et la machine puisque celle-ci propose des images sur la bases des données fournies par l'homme, qui en retour va aussi pouvoir adapter ce qu'il entre comme information. C'est un procédé très intéressant au niveau créatif car il y a quelque chose qui peut dépasser la volonté consciente de l'artiste. Il devient quasiment spectateur de l'évolution de son art, simple témoin d'une scène qu'il tente d'immortaliser.

Je pense à travers les yeux d'un explorateur, du photographe de paysages qui explore cette belle montagne par exemple et se demande quel est le meilleur angle pour la prendre en photo. C'est un processus potentiellement long, il faut attendre la brume, le bon moment pour saisir ce qui apparaît. 
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Dans ces expériences, la musique prend une place centrale. Elle rythme le déploiement des images, ainsi que notre traversée parmi elles.

Je choisis la musique après la construction du paysage. Le rendu peut prendre un très très long moment. Du coup je laisse travailler la machine et je cherche une musique activement après avoir vu ce que ça donne, après avoir réfléchi au sentiment que j'essaye d'évoquer. Je m'inspire aussi de scènes de films. Parfois il me faut 2 jours pour trouver la bonne musique. 


Mais qu'en est-il des premières adaptations en Réalité Virtuelle? 
Même si la plupart de ses films courts sont fait pour être visionnés sur un écran standard, Julius Horsthuis a déjà fait plusieurs essais d'export en 360°. Son premier contact avec la VR était l'Oculus Rift DK1. Il l'avait adoré mais ça lui donnait la nausée. Un peu plus tard, un ami qui aimait beaucoup son travail lui propose de venir chez lui essayer l'Oculus RIft DK2 flambant neuf. Pour l'occasion il crée un rendu 360 de l'une de ses vidéos qu'il essayera directement sur ce nouveau casque qui, enfin, ne le rend pas malade.

En gros, la troisième fois que j'ai essayé la VR c'était avec mon travail. Maintenant j'ai 5 vidéos VR proposées sur mon site. Ce n'est en fait qu'un fichier Mp4, il faut un player 360 pour les visionner. La réaction du public a été bonne sur l'Oculus Share notamment. Par ailleurs, le premier cinema VR à Amsterdam a souhaité diffuser mes films, j'ai eu pas mal d'article dans la presse... donc oui pas mal de gens aiment et d'autres y sont moins sensibles, car il ne se passe pas grand-chose selon eux. 
Sur le principe, tous ses films pourraient être adaptés en VR. Mais il faut bien l'avouer, pour le moment les lecteurs 360° ne sont pas forcément très stables et la qualité des vidéos rend l'expérience nettement moins belle que sur un écran due à une forte compression. Ces différents points expliquent peut-être pourquoi il y a des différences notables entre les versions écrans et versions VR. Mais comment expliquer les grandes différences d'ambiance et de choix esthétique?

Certaines vidéos ont été pensées spécialement pour la VR comme Cristal Habit, Foreign Nature ou The Cryogenian. J'ai pu remarquer que les formes organiques prennent beaucoup plus de temps à calculer que des formes géométriques. Or pour un export 360° le rendu prend dejà 6 ou 7 fois plus de temps qu'à la normale. Au niveau des couleurs, c'est étrange, Je n'arrive pas à avoir de belles couleurs. Par ailleurs, ce qui est curieux c'est que quand les formes sont organiques, il semblerait que ce soit moins impressionnant en VR. Comme si avoir un sol et un plafond, quelque chose de structuré, de familier, c'était plus facile d'en faire quelque chose pour votre esprit. Quand c'est avec des courbes complexes c'est peut être trop abstrait, et du coup on a moins l'effet impressionnant d'être dans un environnement gigantesque. 
Le potentiel est là mais il faut manifestement continuer à chercher la meilleure façon d'exploiter les images fractales en VR. Le plus gros problème est la qualité et l'instabilité des lecteurs VR. Julius Horsthuis y travaille par le biais d'un projet dont il ne peut pas parler pour le moment mais nous vous tiendrons informés dès qu'on en saura plus. Outre le format vidéo, ce qui semblerait intéressant également c'est un rendu temps réel pour éviter le côté film MP4 à la compression désavantageuse.

Beaucoup de gens me disent que je devrais m'y mettre. Et effectivement, bien sûr ça serait génial en temps réel, voire même avec une liberté de mouvement. Mais bon, je viens tellement d'un background cinéma, ce que je fais n'a pas grand chose à voir avec ça. Je ne suis pas un programmeur. Et par ailleurs toute l'idée est de proposer un angle de vue, une narration... Maintenant il existe des choses de ce côté là. Par exemple sur Mandulbulb Maniacs qui est un groupe dédié à la fractale, il y a une femme qui a créé des assets à importer sous le moteur Unity. Bien sûr on perd en texture, définition et complexité mais c'est quelque chose qui a l'air très bien et que j'aimerais voir à l'avenir.
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À la question de savoir ce qu'il aimerait expérimenter en VR dans un futur proche Julius répond qu'il adorerait voir un très bon film, un film de la trempe d'Inception en 360°. C'est une bonne conclusion à notre histoire ici. Quoiqu'on pense de la qualité du film, c'est une plongée intéressante dans les rêveries et l'inconscient des protagonistes. C'est précisément ce que j'ai pu ressentir en me laissant emporter par les films de Julius Horsthuis. Expériences non figuratives, abstraites dont la dimension émotionnelle portée par une musique souvent puissante et évocatrice nous invite à revivre un émerveillement infantile. A la manière d'un test projectif de Rorschach, on se surprend à interpréter ce que nous voyons. Peu à peu nous sommes hypnotisés par l'harmonie de l'image et du son. Les films de Julius Horsthuis sont des trips lucides, des hallucinations sans drogue, des songes conscients ! Regardez donc, et si vous le souhaitez, laissez vous bercer jusqu'à y voir... ce que vous désirez. Avant le décollage, détachez vos ceintures, ouvrez les yeux, et laissez vous rêver.


Site de Julius Horsthuis où vous pouvez télécharger les films
http://www.julius-horsthuis.com/

Vous pouvez visionner les films VR sur VRvideo de l'Oculus Home mais je vous le déconseille car la qualité n'est pas bonne.
L'idéal est de télécharger le fichier et le regarder sur un player de type Virtual Desktop


Tag(s) associé(s) : Fractal, Vidéo 360°, Oculus Rift, Samsung Gear VR, HTC Vive, Interview
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