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Publié le 31/03/2018 à 19:39

Critique - Ready Player One : Un triple A de la VR mais au cinéma

Steven Spielberg, réalisateur qu’on ne présente plus, a choisi d’adapter au cinéma le roman de science fiction Ready Player One écrit par Ernest Cline. Ayant beaucoup perdu de sa superbe depuis « Arrête-moi si tu peux ». On sent que le réalisateur tente ici de redorer son blason et souhaite avec ce long métrage, marquer à nouveau la culture populaire comme Jurassic Parc a su le faire en 1993. Quoi de mieux pour cela, que de traiter du sujet de la VR, qui va inéluctablement impacter nos 20 prochaines années.
 

Synopsis


Dans une vision du futur délabré, ou les problèmes écologiques et économiques ont fait rage, les hommes se réfugient journalièrement dans l’OASIS pour une vie meillleure. Steve Willy Jobs Wonka James Halliday, son illustre créateur, a décidé avant sa mort de donner d’avantage de sens à sa création en y cachant un « easter egg » donnant le contrôle total de ce monde virtuel (sans le moindre bug ni glitch) à qui le découvrira. C’est ainsi qu’un type lambda, Wade Watts décide comme beaucoup d’autres de partir à sa recherche. Une gigantesque chasse aux trésors pleine de caméo, de courses poursuites incroyables et surtout d’effets spéciaux en tout genre démarre alors.
 

Plein les yeux


Tel un Valerian, la première scène de présentation de la réalité virtuelle est plutôt mauvaise car on ne voit pas grand chose à cause de sa vitesse. Passé celà, le reste des images de synthèses n’a absolument rien à envier à la dernière production de Luc Besson. D’une rare finesse et richesse, elles ne prendront pas une tarte d’obsolescence en moins d’une décennie à peine et sont surtout parfaitement intégrées à l’univers. L’effet 3D est d’ailleurs de bonne facture, avec de bonnes profondeurs mais trop peu de jaillissement hors de l’écran (comme souvent). Avec une course épique particulièrement réussie (quasiment au lancement du film), on en a en clairement pour son argent. On en prend plein les mirettes ; depuis les décors absolument somptueux, jusqu'aux textures de la peau hyper détaillées en passant par les reflets dans les yeux des personnages, c’est la claque ! D’autant que le film se passe aux trois quarts en réalité virtuelle, mais c’est malheureusement aussi une de ses faiblesses.
 

Le monde réel


Ce qui fait la réalité virtuelle au cinéma, c’est avant tout son contraste avec le monde réel et tout ce que cela implique en terme de mode de vie, de problème d’addiction et tant d’autres éléments causés par la réussite de l’OASIS, éléments qui n’existent que trop peu dans ce récit. Les décors de la réalité sont même plutôt décevants, mais pire, diverses scènes ont une crédibilité extrèmement limitée. Les deux acteurs principaux ont d’ailleurs bien plus de mal à convaincre que leurs avatars respectifs Parzival et Art3mis avec des scènes beaucoup trop faciles. L’absence de traitement soutenu du réel dans ce film amoindrit complètement la portée et les enjeux de certaines scènes en réalité virtuelle, comme la conclusion avec une morale bien gentillette.
 

L' évidence


Qu'à cela ne tienne, Spielberg ne semble de toute façon pas du tout vouloir nous prendre la tête avec la VR, elle n’est qu’un pretexte. La vraie portée de ces 2H20 est en fait fondamentalement ailleurs, elle est testamentaire. Difficile de ne pas voir Spielberg en regardant James Halliday, un dieu créateur d’inventions qui permettent au peuple de s'évader. L’OASIS pourrait être perçu dans ce futur comme ce Ready Player One dans notre époque actuelle. Difficile également de ne pas voir une incarnation de Spielberg dans Wade Watts, luttant dans un monde d’ultra-marketing qui souhaite uniquement faire du profit avec des remakes et copies de recettes ayant fonctionné, modifiés à tout va sans la moindre innovation. Une introspective que je trouve très ironique tant ce film est d’une certaine façon précisement ce que Spielberg critique, dans un héritage de pop culture et de fonctionnement du cinéma qu’il a lui même contribué à créer.
 

Les références


Même traité avec respect, cet amas infini de culture geek présent pour plaire au plus grand nombre fait perdre à l’oeuvre tout véritable sens d’anticipation que l’on aurait pu y trouver. L’analogie est d'ailleurs furieusement évidente en VR, tant la prodution de Steven Spielberg semble faire exactement la même erreur que l’Oculus Rift à son lancement sans RoomScale ni contrôleurs. Après avoir fait deux pas en avant, au lieu d’aller au bout des choses et finaliser le concept, on fait un bon pas en arrière et on reste profondément ancré dans le passé. Peut-être un mal necessaire, pour un public ayant encore bien des difficultés à cerner la réalité virtuelle. On appréciera d’ailleurs en ce sens le choix (volontaire ?) de garder un casque VR au design actuel et non de 2045 avec  de la projection rétinienne à distance ou autre. Mais c’est pourtant bien tout ceci à mon sens qui sépare ce film entre une simple vision vaguement futuriste et une réelle oeuvre d’anticipation, mais aussi et surtout ce qui l’empêche d’être une nouvelle référence de la Pop-culture tel un Matrix. A trop vouloir caresser le spectateur dans le sens du poil, on en oublie d’aller véritablement le piquer pour le sortir de sa zone de confort et lui ouvrir les yeux vers l’infini des possibles.
 

Distiller quelques références et questionnements très sérieux ici et là, n’est pas suffisant en soi, surtout quand on passe à côté de la moitié des réponses et des thèmes véritablement importants. À l'image de la musique terriblement classique voire paresseuse (passés les clins d’oeil) composée par Alan Silvestri, Ready Player One semble au final beaucoup trop lisse et rien de bien original ou innovant (exceptée l’incroyable scène de Shining) ne se démarque au delà de la performance technique. D’abord à cause d’un scénario finalement vu et revu qui tombe littéralement dans les travers de ce qu'il dénonce, mais avec en prime des personnages principaux réels, clichés au possible dont l’émotion ne vous parviendra pas forcément. Il laissera sans doute un peu de marbre une tranche du public, les non trentenaires/quarantenaires non nostalgiques ni fans de jeux vidéos qui souhaitent avant tout dans un film de SF avoir une vision d'un avenir possible. Au delà de ça s'ajoute de nombreuses références pourtant importantes telles que Citizen Kane ou Akira qui sont beaucoup trop éloigné l'une de l'autre et n'ont rien a faire ensemble. Le public sur ETR connaissant rien que ces deux là en simultané et qui en comprend réellement la portée doit sans doute se compter sur les doigts de la main.

Je suis Ready Player One


Comprenez bien qu’au delà de ces critiques, qui je pense sont importantes à poser, à coup de 50 jeux par an en moyenne et d'une dizaine de milliers de films à mon actif, j’ai pour ma part littéralement pris mon pied. Bon nombre d’entre vous en prendra autant à pouvoir savourer chaque référence qu'il connaît, frontale, subtile ou fugace, aussi inutile ou profonde soit-elle. Et nombreux auront même des poussées d’émotions au moment du caméo qui leur tient à coeur et qui sera probablement là. Mais pour la personne qui ne connait pas tout ça, aussi large Spielberg tente-il de tirer, ce film reste un blockbuster de chasse aux trésors sympatique et bien rythmé mais n’ira pas forcement au delà de ça. Car il est et restera, un gigantesque fast-food pour Geek, un roller-coaster dans un monde virtuel où tout est possible mais avec trop peu de conséquences dans le monde réel.
 

Tout est d’ailleurs conçu dans le film de manière à ce que seul un "véritable" fan de la culture Geek, avec un amour passionnel et un mode No-life activé depuis des décennies puisse mériter de posséder l’OASIS. Les vilaines entreprises remplies de méchants en costard-cravate dépensant des milliards pour contrôler un monde qu’ils ne méritent pas peuvent donc passer leur chemin. C’est presque malsain à mon sens tant c’est simpliste pour nous qui attendont tant nos triples A en VR. Ces entreprises auraient mieux fait d’ailleurs, de payer des hackers qui via les tablettes du film auraient pris le contrôle de l’OASIS a moindre frais. ^^
 

N'oublions pas le monde réel


Bien sûr, un certain nombre de fans du réalisateur voudra sans doute voir ici ce très jeune Spielberg de 70 ans à nouveau au top de sa forme, faisant LE film de la décennie. Grand bien leur fasse, dans le dédale de super productions qui se ressemblent un peu toutes et qui ont bien du mal à se réinventer, Ready Player One est en effet deux bons crans au-dessus de la moyenne. Mais une orgie de détails visuels dont on finit par ne plus vraiment dicerner grand-chose avec cette vitesse frénétique, ces nombreux caméo totalement inutiles à la narration, tout ça ne remplacera jamais une mise en scène de génie. Celle qui 10, 20, 30 ou 40 ans plus tard, d'une simplicité ultime, vous fera un petit goût de madeleine de Proust à la simple vue d'un verre d'eau, en voyant celle-ci trembler à l'intérieur.
  jurasic

En conclusion

Ready Player One réussit à mon sens le plus important, nous distraire avec un univers que j’ai trouvé absolument passionnant et bien réalisé et qui nous en met  plein la vue. Mais surtout, il donnera envie à de nombreux néophytes de franchir le gap et de faire un test du présent : la VR. Et c’est bien ça le plus important à nos yeux de VRien et VRienne qui aiment à partager leur passion encore trop peu répandue et surtout bien trop incomprise. Hymne plutôt respecteux à la gloire de la Culture Geek, peu d’entre vous sur ETR en sortiront déçus, et c’est sans doute le meilleur film que vous verrez cette année. Sans réussir à atteindre l’état de chef d’oeuvre qui vous secoue littéralement d’émoi et qui devient un pan à lui tout seul de la culture populaire, ce nouveau film de Spielberg reste un blockbuster terriblement efficace. Mais surtout, on prendra grand plaisir à le voir et le revoir pour trouver toutes les références qu’on aurait manqué à la première lecture, tant le nombre d’entres elles finit par être incommensurable.
 
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Staff ETR

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